Dimanche 6 septembre, ParisLongchamp accueille le Qatar Prix d’Aumale, un Groupe 2 réservé aux pouliches de 2 ans. Huit jeunes femelles seront au départ sur les 1 600 mètres de la Grande Piste, avec un objectif en ligne de mire : se rapprocher du très haut niveau et, pourquoi pas, décrocher une place parmi les futures stars de la génération.
Chez les chevaux de 2 ans, tout va très vite.
Quelques mois seulement séparent parfois une première course disputée dans l’anonymat d’un Groupe 1 devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs. Le Qatar Prix d’Aumale constitue justement l’une de ces étapes importantes.

GREEN SPIRIT remporte le Prix d’Aumale 2025
Et cette édition 2026 est particulièrement intéressante : plusieurs pouliches arrivent avec très peu d’expérience, mais déjà des victoires impressionnantes, tandis que d’autres ont dû apprendre leur métier au fil de plusieurs courses.
Parmi elles, Data arrive avec une référence particulièrement solide : elle vient de remporter un Groupe 3 à Deauville. Mais elle devra notamment affronter Amusingly, une représentante de Juddmonte Farms issue d’une famille exceptionnelle, ainsi que plusieurs pouliches invaincues.
Le Qatar Prix d’Aumale, c’est quoi ?
Le Qatar Prix d’Aumale est une course de Groupe 2, soit le deuxième niveau de l’élite des courses de plat derrière les Groupes 1.
Elle est réservée aux pouliches de 2 ans et se dispute sur 1 600 mètres, soit un mile.
Cette distance est particulièrement importante dans la carrière des jeunes chevaux. Elle demande davantage de tenue qu’un sprint de 1 000 ou 1 200 mètres, tout en conservant une très forte importance accordée à la vitesse et à l’accélération.
La course se dispute sur la Grande Piste de ParisLongchamp, corde à droite.
Et son palmarès récent donne une idée de son importance.
Zarigana l’a remporté en 2024 avant de poursuivre sa carrière au plus haut niveau, tandis que Green Spirit, gagnante en 2025, a ensuite terminé deuxième du Prix Marcel Boussac, Groupe 1, quelques semaines plus tard.
Le Qatar Prix d’Aumale est donc une course à regarder avec un œil particulier : la gagnante de dimanche pourrait bien être une pouliche dont nous reparlerons dans les mois à venir.
1. Anna Gloria : la révélation d’André Fabre
Anna Gloria est l’une des pouliches les plus intéressantes du lot précisément parce qu’elle n’a couru qu’une seule fois.
Et cette unique sortie s’est soldée par une victoire.
Le 1er août à Clairefontaine, elle a remporté le Prix des Naïades sur 1 600 mètres, pour ses débuts.
Mais ce qui a surtout marqué les observateurs, c’est sa manière de gagner.
Placée dans le dos des leaders par Pierre-Charles Boudot, elle a attendu avant de produire son accélération dans la ligne droite. Elle a finalement pris le meilleur à mi-ligne droite et s’est imposée de deux longueurs.
Elle possède donc déjà une expérience intéressante de la distance du jour.
Un pedigree français très intéressant
Anna Gloria est une fille de Victor Ludorum et de Al Daiha, par Olympic Glory.
Victor Ludorum est un ancien champion français, vainqueur notamment du Prix Jean-Luc Lagardère, Groupe 1, à 2 ans.
La mère, Al Daiha, a elle-même produit une famille intéressante : elle est notamment la sœur d’Indian Blessing, gagnante de Groupe 3 en Allemagne et placée de Groupe 1.
Anna Gloria a été élevée par Joël Denis et Sophie Rousselle et défend aujourd’hui les couleurs de l’Écurie H.S.L.
Son histoire est d’ailleurs assez révélatrice du fonctionnement de l’élevage français : la pouliche a été présentée aux ventes Arqana et a été rachetée pour 35 000 €, après avoir déjà été proposée plus jeune.
L’expérience d’André Fabre
Elle est entraînée par André et Laurent Fabre.
Le nom Fabre est évidemment immense dans le monde des courses françaises. André Fabre est l’un des entraîneurs les plus titrés de l’histoire du galop français et a notamment construit une carrière exceptionnelle avec des chevaux de Groupe 1.
Pour Anna Gloria, cette première victoire a donc immédiatement attiré l’attention.
Et elle retrouvera dimanche Pierre-Charles Boudot, son jockey lors de ses débuts.
Son style
Anna Gloria semble apprécier attendre derrière les chevaux de tête avant de produire son effort.
C’est un style particulièrement intéressant sur 1 600 mètres : elle ne dépense pas forcément toute son énergie au début et peut conserver suffisamment de ressources pour accélérer dans la phase finale.
Mais dimanche, le niveau sera évidemment très différent de celui de son maiden.
2. Flying Spur : celle qui connaît déjà Data
Flying Spur possède quelque chose que plusieurs de ses rivales n’ont pas : elle connaît déjà le niveau Groupe.
Elle avait débuté par une quatrième place avant de remporter le Prix de la Rablais à Saint-Cloud, sur 1 400 mètres.
Et cette victoire est particulièrement intéressante puisqu’elle avait devancé Data, qu’elle retrouvera dimanche.
Data a toutefois pris sa revanche depuis.
Lors du Groupe 3 Prix Six Perfections à Deauville, elle a terminé devant Flying Spur.
Le duel entre les deux pouliches constitue donc l’une des petites histoires de cette course.
Une origine tournée vers la vitesse
Flying Spur est une fille de Calyx et de Fleur, par Siyouni.
Calyx est un fils de Kingman qui s’est illustré sur les distances intermédiaires, tandis que Siyouni est l’un des étalons les plus importants de l’élevage français.
Cette combinaison donne un pedigree très orienté vers la vitesse et le mile.
Flying Spur appartient à Mohamed Eldubeba et est entraînée par Hedi Ghabri, un entraîneur français qui a fait progresser plusieurs jeunes chevaux ces dernières saisons.
Elle sera montée par Cristian Demuro, l’un des jockeys les plus expérimentés du peloton français.
Quel style ?
Lors de sa victoire à Saint-Cloud, Flying Spur avait voyagé près des leaders avant de bien finir.
Elle semble donc capable de se placer rapidement, sans nécessairement devoir mener.
Son principal défi sera maintenant de franchir un nouveau palier face à plusieurs pouliches qui ont elles aussi progressé depuis leurs débuts.
3. Malikat Al Remal : la grande surprise de Deauville
C’est probablement l’une des histoires les plus amusantes de ce Groupe 2.
Malikat Al Remal n’était absolument pas attendue pour ses débuts.
Le 13 août à Deauville, elle s’est présentée dans l’Arqana Series des Pouliches avec une cote de 37/1.
Et elle a gagné.
Pour un cheval de 2 ans, une victoire dans ces conditions peut complètement changer une carrière.
Une victoire construite avec intelligence
Montée par Clément Lecoeuvre, Malikat Al Remal a attendu derrière les pouliches de tête avant de produire son accélération à environ 150 mètres du poteau.
Elle a finalement gagné d’une demi-longueur.
Ce détail est important : malgré son inexpérience, elle n’a pas gagné en partant seule devant.
Elle a montré qu’elle savait attendre et accélérer au bon moment.
Une origine très sprinteuse
Malikat Al Remal est une fille de Ten Sovereigns et de Invaluable, par Invincible Spirit.
Ten Sovereigns est un ancien excellent sprinter, notamment vainqueur du July Cup, Groupe 1, sur 1 200 mètres.
Invincible Spirit est lui aussi une référence mondiale de la vitesse.
Son pedigree indique donc clairement une pouliche construite autour de la vitesse.
La grande question sera maintenant de savoir si elle possède suffisamment de tenue pour prolonger son effort sur les 1 600 mètres.
Une histoire de vente intéressante
Elle a été élevée par l’Écurie des Monnaies, Daytona Stable et Charles Brière.
Présentée aux ventes de yearlings, elle avait été achetée pour 100 000 € par le Dr Khaled Salami, avant de rejoindre l’écurie de Mohamed Eldubeba.
Elle est entraînée par Hedi Ghabri, qui connaît donc très bien sa pouliche.
Et elle retrouvera Christophe Soumillon, qui apporte une énorme expérience des grandes courses françaises.
Pour une pouliche qui n’a qu’une course dans les jambes, c’est un entourage particulièrement solide.
4. Kalimaat : la Frankel de l’écurie Fabre
Si vous aimez les pedigrees prestigieux, difficile de passer à côté de Kalimaat.
Son père est tout simplement Frankel.
Et chez les chevaux de course, ce nom est presque devenu une référence à lui seul.
Frankel est considéré comme l’un des plus grands chevaux de l’histoire moderne des courses. Invaincu en 14 sorties, il a ensuite commencé une carrière d’étalon exceptionnelle.
Kalimaat est issue de Sooda, une fille de Street Cry.
Son propriétaire est A. Faisal et elle est entraînée par André et Laurent Fabre.
Une seule course… une victoire
Kalimaat n’a elle aussi couru qu’une fois.
Et elle a gagné.
Le 9 août à Deauville, sur 1 400 mètres, elle s’est imposée avec environ 2 longueurs et demie d’avance.
Le plus intéressant est sa façon de courir : elle a fait la différence sur une simple accélération.
Cela laisse penser qu’elle possède déjà cette qualité essentielle chez les chevaux de haut niveau : la capacité à changer brutalement de vitesse.
Pourquoi Fabre ?
Comme pour Anna Gloria, la présence d’André Fabre ajoute une dimension supplémentaire.
Fabre n’est pas connu pour courir ses jeunes chevaux à tout prix. Lorsqu’un poulain ou une pouliche est envoyé directement dans un Groupe 2 après une seule sortie, cela signifie généralement que l’entourage estime avoir découvert quelque chose de suffisamment intéressant.
Kalimaat reste évidemment difficile à situer face à des adversaires beaucoup plus expérimentés.
Mais elle possède un argument de poids : son pedigree et l’impression laissée lors de ses débuts.
5. Amusingly : une pouliche née chez Juddmonte
Amusingly est sans doute l’une des pouliches les plus fascinantes du peloton sur le plan généalogique.
Elle appartient à Juddmonte Farms, l’un des élevages les plus prestigieux de la planète.
Et son pedigree explique immédiatement pourquoi.
Elle est une fille de No Nay Never et de Joyeuse, par Oasis Dream.
Mais Joyeuse n’est pas une poulinière comme les autres.
Elle est issue de la famille de Frankel et a déjà produit plusieurs chevaux de qualité, dont Maximal, vainqueur des Mill Reef Stakes, un Groupe 2. Amusingly est donc directement issue d’une famille qui a déjà produit du très haut niveau.
Une première victoire impressionnante
Amusingly a débuté le 20 juin à Compiègne.
Elle a pourtant connu un parcours peu favorable, puisqu’elle a dû évoluer nez au vent, c’est-à-dire sans bénéficier de l’abri d’un autre cheval.
Malgré cela, elle s’est imposée avec beaucoup de marge sur 1 400 mètres.
Elle avait notamment devancé Peintresse, qui a depuis remporté deux courses.
C’est ce qui rend sa performance encore plus intéressante.
L’entourage Juddmonte
Juddmonte Farms est l’une des grandes institutions de l’élevage mondial.
Le domaine a été créé par le prince Khalid Abdullah et a produit certaines des plus grandes légendes des courses modernes.
Amusingly est donc née dans un environnement où la sélection génétique est poussée depuis plusieurs générations.
Elle est entraînée par Francis-Henri Graffard, vainqueur du Prix d’Aumale en 2024 avec Zarigana.
Et elle sera montée par Colin Keane, l’un des jockeys les plus réputés d’Irlande.
Son style
Sa victoire à Compiègne montre surtout une pouliche capable de supporter un effort prolongé et de produire une accélération même après avoir couru sans abri.
Elle possède donc un profil particulièrement intéressant pour les 1 600 mètres.
6. Rogue Passion : l’outsider britannique
Rogue Passion arrive de Grande-Bretagne avec un profil différent.
Elle a couru trois fois et affiche une progression intéressante :
4e → 2e → 1re.
Sa première sortie avait déjà été prometteuse puisqu’elle avait terminé deuxième à Carlisle derrière Celestia, avant de retrouver cette piste pour gagner le 11 août.
Une origine originale
Rogue Passion est une fille de Sioux Nation et de Vazire, par Frankel.
Son pedigree mélange donc une lignée très orientée vitesse avec une mère issue de Frankel.
Elle appartient à Rogues Gallery Racing et est entraînée en Angleterre par Edward Bethell.
Elle sera montée par Rossa Ryan.
Une pouliche encore perfectible
Lors de sa victoire à Carlisle, Rogue Passion a dû travailler pour prendre l’avantage dans la dernière partie de la course, mais son entraîneur estimait qu’elle avait encore une marge de progression.
Bethell soulignait notamment qu’elle pourrait encore progresser avec un peu plus de distance et sur un terrain plus souple.
C’est donc une pouliche qui arrive avec moins de références que Data ou Amusingly, mais qui pourrait être en pleine progression.
7. Peintresse : la petite histoire de Tim Donworth
Peintresse est certainement l’une des histoires les plus sympathiques de cette course.
Elle est entraînée par Tim Donworth, qui en est également copropriétaire avec son ami et assistant Jason Kiely.
On est donc très loin de l’organisation d’une immense écurie internationale.
Et pourtant, Peintresse arrive dans ce Groupe 2 avec deux victoires consécutives.
Une progression spectaculaire
Elle avait commencé sa carrière par une troisième place à Compiègne, derrière… Amusingly.
Puis elle a remporté le Prix des Naïades, avant de confirmer à La Teste avec une victoire de cinq longueurs.
Elle reste donc sur deux victoires.
Et son entourage a une anecdote intéressante à raconter : lors de sa victoire à Compiègne, Peintresse s’était montrée encore très immature.
Elle avait notamment été froide au départ et continuait à apprendre son métier une fois passée devant.
Autrement dit, elle a encore beaucoup à apprendre.
Une famille prestigieuse
Peintresse est une fille de Lucky Vega et de Provenance, par Sea The Moon.
Mais surtout, sa famille maternelle descend de la célèbre souche « P » de l’élevage Wildenstein.
Elle a été élevée par Round Hill Stud et Joseph Stewart Investments.
Son style
Peintresse semble aimer produire son effort assez tôt.
Elle peut prendre une bonne place dans le groupe de tête et accélérer progressivement.
Son manque d’expérience au niveau Groupe constitue son principal point d’interrogation, mais sa progression rapide est difficile à ignorer.
8. Data : la référence du peloton
Et puis il y a Data.
Si plusieurs pouliches ont encore tout à prouver, Data arrive avec la référence la plus évidente :
elle vient de gagner un Groupe 3.
Le 2 août à Deauville, elle a remporté le Prix Six Perfections, sur 1 400 mètres.
Et cette victoire est particulièrement intéressante car elle a notamment devancé Flying Spur, qu’elle retrouvera dimanche.
Une progression parfaitement construite
Data avait débuté par une deuxième place à Saint-Cloud.
Elle a ensuite remporté sa première course avant de confirmer au niveau Groupe 3.
Son bilan est donc :
2e → 1re → 1re Groupe 3.
C’est exactement le type de progression que l’on aime voir chez une pouliche de 2 ans.
Un pedigree de grande qualité
Data est une fille de Lope de Vega et de Matematica, par Rock of Gibraltar.
Lope de Vega est l’un des étalons majeurs de l’élevage européen contemporain.
Et Rock of Gibraltar a lui-même été un champion exceptionnel, notamment vainqueur de sept Groupes 1 consécutifs.
Data possède donc un pedigree particulièrement adapté aux courses sur le mile.
Christopher Head et Maxime Guyon
Data est entraînée par Christopher Head, qui connaît particulièrement bien cette course.
Head a remporté le Prix d’Aumale avec Blue Rose Cen en 2022, Freville en 2023 et Green Spirit en 2025.
Trois victoires lors des quatre dernières éditions : c’est une statistique qui explique pourquoi son Data est particulièrement surveillée cette année.
Christopher Head a d’ailleurs déjà expliqué que le Qatar Prix d’Aumale constituait pour Data une étape logique après son succès dans le Groupe 3 de Deauville, avec l’espoir de savoir ensuite si elle peut viser le Prix Marcel Boussac, Groupe 1, lors du week-end de l’Arc.
Elle sera montée par Maxime Guyon, avec lequel elle a déjà remporté son Groupe 3.
Son style
Data semble particulièrement à l’aise lorsqu’elle peut patienter avant de produire son accélération.
Son expérience récente du niveau Groupe constitue un avantage important.
Elle n’est cependant pas invincible : Flying Spur l’avait battue lors de leur première confrontation.
Cette petite revanche constitue l’une des histoires à suivre dimanche.
Huit pouliches, huit histoires très différentes
Ce Qatar Prix d’Aumale est finalement beaucoup plus ouvert qu’il n’y paraît.
Data possède la meilleure référence récente avec son succès de Groupe 3.
Amusingly possède probablement l’un des pedigrees les plus prestigieux du peloton et a impressionné dès ses débuts.
Anna Gloria et Kalimaat sont encore presque des pages blanches : une seule course, une victoire chacune, et désormais directement plongées dans un Groupe 2.
Peintresse représente la progression spectaculaire d’une petite structure face aux grandes maisons.
Malikat Al Remal est la grande surprise de Deauville, passée en quelques semaines du statut d’inconnue à celui de candidate à un Groupe 2.
Flying Spur connaît déjà plusieurs de ses rivales et possède même une victoire contre Data.
Et Rogue Passion, venue d’Angleterre, pourrait profiter de sa progression rapide.
Le vrai enjeu : qui sera la prochaine grande pouliche ?
C’est finalement la question la plus intéressante.
À 2 ans, il est encore trop tôt pour parler de championne avec certitude.
Mais le Qatar Prix d’Aumale constitue justement l’un des rendez-vous où les futurs grands noms commencent à se dévoiler.
L’histoire récente le montre : Blue Rose Cen, Zarigana ou Green Spirit sont toutes passées par cette course ou son environnement immédiat avant de poursuivre leur carrière au plus haut niveau.
Et cette année, Data possède l’avantage de l’expérience, tandis que plusieurs de ses rivales possèdent encore une énorme marge de progression.
Le duel entre les deux générations d’expérience — celles qui ont déjà fait leurs preuves et celles qui viennent à peine de se révéler — sera donc au cœur de ce Groupe 2.
À 13h33, dimanche à ParisLongchamp, huit pouliches auront 1 600 mètres pour répondre à une question simple :
laquelle est prête à passer du statut de jeune espoir à celui de véritable candidate au Groupe 1 ?