Depuis quelques jours, une importante discussion agite le monde des courses hippiques françaises. France Galop travaille sur une nouvelle « cartographie des hippodromes », avec l’objectif de revoir la manière dont les courses de galop sont réparties sur le territoire à partir de 2027.
Derrière ce terme un peu technique se cache une question très concrète : où continuera-t-on à courir au galop en France dans les prochaines années ?

Les propositions présentées le 10 septembre prévoient notamment l’arrêt des courses de galop sur plusieurs hippodromes, tandis que d’autres pourraient perdre le plat ou l’obstacle. Ces annonces provoquent déjà de nombreuses réactions, notamment chez les sociétés de courses concernées.
Mais avant de parler de « fermeture des hippodromes », il faut comprendre ce que France Galop propose réellement, pourquoi cette réforme est envisagée et pourquoi elle suscite autant de contestation.
France Galop, c’est quoi exactement ?
Pour comprendre cette affaire, commençons par le début.
France Galop est la société mère qui organise et encadre les courses de galop en France. Elle est notamment responsable du programme des courses de plat et d’obstacle, ainsi que d’une partie importante de leur financement et de leur organisation.
Un hippodrome, lui, est le lieu où se déroulent les courses. Mais tous les hippodromes ne fonctionnent pas de la même manière et tous n’accueillent pas le même niveau de compétition.
C’est notamment pour cette raison que l’on rencontre deux grandes catégories dans le programme français : les réunions Premium et les réunions PMH.
Premium et PMH : quelle différence ?
Pour un néophyte, ces deux termes peuvent être difficiles à comprendre.
Les réunions Premium sont les réunions qui bénéficient notamment d’une forte exposition médiatique et servent de support aux paris du PMU. Elles concentrent généralement davantage d’enjeux financiers et sportifs.
Les réunions PMH, pour « Pari Mutuel Hippodrome », correspondent davantage aux réunions organisées à l’échelle locale.
Elles sont souvent moins médiatisées et moins importantes financièrement, mais elles jouent un rôle essentiel dans le maillage territorial des courses.
Et c’est justement ce réseau local qui se retrouve aujourd’hui au cœur du débat.
Pourquoi France Galop veut-elle changer la carte des hippodromes ?
La réforme ne sort pas de nulle part.
France Galop doit composer avec une situation économique difficile, notamment dans un contexte de baisse des enjeux enregistrés par le PMU.
L’objectif affiché est donc de construire une organisation qui puisse rester viable à long terme.
Pour cela, une Task Force consacrée à la « cartographie des hippodromes » a travaillé depuis le printemps 2026 afin d’étudier la répartition des courses françaises.
Plusieurs critères ont été pris en compte :
- le nombre de chevaux à l’entraînement dans les différentes régions ;
- le nombre de partants disponibles ;
- la place des courses dans le programme national ;
- les infrastructures et les conditions de sécurité ;
- les coûts d’organisation ;
- les conditions d’entretien des pistes ;
- l’affluence ;
- l’ancrage territorial ;
- et l’utilité de chaque hippodrome dans l’organisation générale des courses.
L’idée est notamment de rapprocher les courses des régions où se trouvent les chevaux et les professionnels.
Cela pourrait permettre de limiter certains déplacements, mais aussi de réduire les coûts liés à l’organisation des réunions.
France Galop présente également cette réflexion comme une démarche visant à préserver durablement l’activité hippique et à maintenir les encouragements versés à la filière.
31 hippodromes concernés
C’est l’annonce qui a particulièrement retenu l’attention.
Sur les 111 sites étudiés, 31 pourraient ne plus accueillir de courses de galop en 2027.
Attention cependant : il ne s’agit pas encore de 31 hippodromes officiellement fermés.
Ce sont les conséquences possibles des recommandations présentées par la Task Force. Les décisions doivent encore être discutées puis soumises aux instances de France Galop.
Parmi les hippodromes Premium concernés par une proposition d’arrêt total du galop figurent :
Amiens, Les Sables-d’Olonne, Saint-Malo et Tarbes.
Le cas de Tarbes est particulièrement important puisque l’hippodrome accueille essentiellement du galop. Un arrêt du galop signifierait donc, dans les faits, la fin de son activité hippique.
D’autres hippodromes Premium ne perdraient pas nécessairement toutes leurs courses, mais pourraient devenir spécialisés dans une seule discipline.
Par exemple, Le Lion-d’Angers et Nantes pourraient ne plus accueillir de courses de plat, tandis que Le Touquet, Vittel, Châteaubriant, Cholet, Senonnes, La Teste et Aix-les-Bains pourraient ne plus accueillir d’obstacle.
Cette spécialisation est l’une des pistes défendues par France Galop : plutôt que de demander à tous les hippodromes d’organiser plusieurs disciplines, certains pourraient se concentrer davantage sur le plat ou sur l’obstacle.
Et les petits hippodromes ?
C’est probablement là que les réactions sont les plus fortes.
Pour les réunions PMH, la proposition concerne 27 hippodromes :
Orléans, Guerlesquin, Carhaix, Plouescat, Dinan, Saint-Pierre-La-Cour, Josselin, Guingamp, Beaupréau, Plessé, Vitré, Méral, Molières, Sillé-Le-Guillaume, Meslay-du-Maine, Aurillac, Carcassonne, Gramat, Montauban, Auch, Jarnac, Montignac, Agen, Vitteaux, Divonne, Hyères et Cavaillon.
Au total, environ 260 courses PMH pourraient être supprimées ou transférées vers d’autres hippodromes de catégorie identique ou supérieure.
Et c’est ici que le débat dépasse largement le simple calendrier des courses.
Pourquoi les présidents d’hippodromes protestent-ils ?
Pour comprendre leur colère, il faut imaginer ce qu’est un petit hippodrome.
Ce n’est pas seulement une piste où quelques chevaux viennent courir une fois ou deux dans l’année.
Derrière une réunion, on trouve des bénévoles, des professionnels, des associations, des prestataires, du public et tout un réseau local.
Pour certaines villes, la réunion hippique est également un événement traditionnel qui existe depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles.
Supprimer les courses peut donc fragiliser toute une organisation locale.
C’est notamment ce qui explique les réactions de dirigeants comme Pierre Pasquiou à Guingamp ou Manfred de Boissieux à Aurillac, qui demandent des explications sur les critères ayant conduit à ces propositions.
Le débat porte donc autant sur le résultat que sur la méthode :
comment a-t-on déterminé qu’un hippodrome était suffisamment utile pour conserver ses courses, alors qu’un autre ne le serait plus ?
Le cas de Tarbes : une histoire particulière
La situation de Tarbes illustre particulièrement bien les inquiétudes provoquées par le projet.
L’hippodrome de Laloubère, situé près de Tarbes, est présenté comme le plus ancien hippodrome encore en activité en France, avec une première réunion organisée en 1909.
Il accueille aujourd’hui encore plusieurs réunions de galop.
La proposition de France Galop pourrait pourtant mettre fin à son activité de galop.
Pour ses défenseurs, ce genre de décision montre le risque d’une approche principalement économique : un hippodrome peut être considéré comme trop coûteux ou insuffisamment utilisé dans le programme national alors qu’il possède une histoire, un public et un véritable ancrage régional.
La question devient alors : comment mesurer la valeur d’un hippodrome ?
Uniquement avec le nombre de chevaux et le coût d’une réunion ?
Ou faut-il également prendre en compte son histoire, son public, son rôle local et sa capacité à faire découvrir les courses ?
« Paris contre la province » ?
C’est l’une des expressions qui revient dans les réactions de certains responsables locaux.
Il existe en effet une inquiétude : celle de voir progressivement les moyens se concentrer autour des grands centres hippiques et des hippodromes les plus importants.
Les défenseurs des hippodromes régionaux craignent qu’une réduction du nombre de réunions entraîne un cercle vicieux :
moins de courses → moins de public → moins d’activité locale → moins de visibilité → encore moins de courses.
Pour eux, les petits hippodromes sont aussi une porte d’entrée vers le monde des courses.
Une personne qui découvre les chevaux de course lors d’une réunion locale ne deviendra peut-être jamais propriétaire ou professionnel. Mais elle peut devenir spectatrice, passionnée, bénévole ou simplement transmettre cet intérêt à ses proches.
Cette dimension est beaucoup plus difficile à mesurer avec des statistiques.
Mais France Galop défend aussi une logique sportive
Il serait toutefois réducteur de présenter cette réforme uniquement comme une volonté de « fermer des hippodromes ».
France Galop cherche également à répondre à des problèmes très concrets.
Si certains hippodromes organisent des courses avec très peu de partants, ou si les chevaux doivent parcourir de longues distances pour rejoindre une réunion, le système peut devenir coûteux et moins efficace.
La nouvelle cartographie cherche donc notamment à rapprocher l’offre de courses des bassins où se trouvent les chevaux à l’entraînement.
La spécialisation de certains hippodromes pourrait également permettre d’avoir des réunions davantage adaptées aux besoins du plat ou de l’obstacle.
L’objectif affiché est donc de faire évoluer le système pour éviter que certaines difficultés économiques ne deviennent encore plus importantes à l’avenir.
Et les courses supprimées ?
La suppression d’une course ne signifie pas nécessairement que le nombre de courses disparaîtra définitivement.
Dans le projet présenté, les 260 courses PMH concernées pourraient être redistribuées vers d’autres hippodromes de catégorie identique ou supérieure.
Cela signifie que France Galop envisage davantage une redistribution du calendrier qu’une simple disparition de toutes ces épreuves.
Pour les sociétés de courses concernées, le problème reste néanmoins important : perdre une réunion signifie perdre une activité locale, même si une course équivalente réapparaît ailleurs.
Où en est-on aujourd’hui ?
C’est un point essentiel à retenir.
Rien n’est encore définitivement acté.
Les propositions ont été présentées le 10 septembre 2026.
Les conseils et commissions de France Galop doivent maintenant examiner le projet et faire remonter leurs observations.
Le calendrier prévu est le suivant :
17 septembre : examen par le Conseil de l’obstacle.
21 septembre : examen par la Commission des régions.
24 septembre : réunion du Comité.
25 septembre : Conseil d’administration de France Galop.
Si les propositions sont adoptées, leur mise en œuvre est prévue à partir du 1er janvier 2027.
Les sociétés de courses concernées disposent donc encore d’une période de discussion pour défendre leur situation et proposer éventuellement des modifications.
Un débat qui dépasse les hippodromes
Derrière cette affaire se trouve finalement une question beaucoup plus large :
quel modèle voulons-nous pour les courses hippiques françaises ?
Faut-il concentrer davantage les courses sur les hippodromes les plus performants afin de préserver l’équilibre économique de la filière ?
Ou faut-il conserver un réseau très large d’hippodromes, même lorsque certaines réunions sont moins rentables, parce que ces sites permettent aux courses de rester présentes dans les territoires ?
Il n’existe pas de réponse simple.
France Galop doit trouver un équilibre entre réalité économique, qualité sportive, bien-être des chevaux, coûts de fonctionnement et présence territoriale.
Les sociétés de courses, elles, défendent leur histoire et leur rôle local.
Et derrière ce débat se trouvent surtout des personnes : bénévoles, entraîneurs, propriétaires, éleveurs, jockeys, salariés, spectateurs et passionnés qui font vivre les courses partout en France.
Pourquoi cette réforme est importante pour l’avenir des courses ?
Pour quelqu’un qui découvre l’univers hippique, cette affaire peut sembler très éloignée des chevaux et des courses que l’on voit sur la piste.
Elle est pourtant essentielle.
Un champion qui court à Paris Longchamp, Chantilly ou Deauville représente la partie la plus visible du galop français.
Mais derrière ces grands rendez-vous existe tout un réseau de petits et moyens hippodromes.
C’est dans ce réseau que se rencontrent régulièrement les professionnels et le public, que certaines vocations naissent et que la culture hippique reste présente dans les territoires.
La réforme proposée par France Galop pourrait donc profondément modifier la géographie du galop français dès 2027.
Pour l’instant, le dernier mot n’est pas encore dit.
Les prochaines semaines seront donc décisives pour savoir si la carte proposée par France Galop sera adoptée telle quelle, modifiée à la suite des discussions avec les sociétés de courses, ou profondément remaniée.
Une chose est certaine : derrière la « cartographie des hippodromes », ce sont deux visions de l’avenir des courses françaises qui se rencontrent.
Une vision qui cherche à concentrer les moyens pour assurer la pérennité économique de la filière, et une autre qui rappelle que les courses ne vivent pas uniquement dans les grands hippodromes, mais aussi dans les territoires où elles ont construit leur histoire.