Le week-end des 15 et 16 août avait une place particulière dans le calendrier du meeting de Deauville. Samedi, plusieurs courses de Groupe permettaient de suivre des chevaux déjà connus à haut niveau. Dimanche, le Prix Jacques Le Marois réunissait dix milers sur les 1 600 mètres de la ligne droite de Deauville.

Et si les arrivées sont déjà intéressantes en soi, il ne suffit pourtant pas de regarder les chevaux qui passent les premiers le poteau. Chaque course raconte aussi où en sont les chevaux dans leur carrière.
Voici ce qu’il fallait retenir de ce week-end normand.
Samedi : Baroud prend sa revanche
Le Prix Guillaume d’Ornano, un Groupe 2 disputé sur 2 000 mètres, réunissait seulement cinq chevaux. Parmi eux, Baroud, entraîné par André et Lavinia Fabre, avait déjà montré de belles choses au printemps.

Quelques semaines plus tôt, il avait terminé deuxième du Prix Eugène Adam derrière Pearled Majesty. Son entourage avait alors évoqué le Guillaume d’Ornano comme une suite logique.
À Deauville, Baroud a cette fois trouvé son passage jusqu’au bout.
Associé à Pierre-Charles Boudot, il s’est imposé devant Daryzan, qui avait remporté le Prix Ganay au printemps, et Proof.
Ce résultat est intéressant parce qu’il confirme la progression de Baroud. Il n’était pas simplement là pour compléter le peloton : après sa deuxième place dans le Prix Eugène Adam, il franchit ici un nouveau palier.
Pour Daryzan, la course est différente. Battu pour la première fois depuis sa victoire dans le Ganay, il reste néanmoins un cheval de premier plan.
Arrivée : Baroud – Daryzan – Proof.
Hassaleh continue sa progression
Un peu plus tard dans l’après-midi, les pouliches de trois ans avaient rendez-vous dans le Darley Prix de Lieurey, un Groupe 3 sur 1 600 mètres.
La course était particulièrement intéressante pour Hassaleh.
La pensionnaire de Charlie Appleby avait déjà gagné le Prix Amandine, une Listed, à Deauville au début du mois de juillet. Elle revenait donc sur un niveau supérieur avec une première vraie occasion de confirmer.
Et elle l’a fait.
Avec Christophe-Patrice Lemaire, Hassaleh s’est imposée devant Esna et Fortuna Diamond. Awaken et The Prettiest Star complètent les cinq premières.
Son histoire du week-end est donc assez simple : une pouliche qui avait commencé à se faire remarquer dans les Listed vient maintenant de gagner son premier Groupe.
La prochaine question sera de savoir jusqu’où elle peut aller.
Une surprise dans le Prix Gontaut-Biron
Le samedi s’est terminé avec le Prix Gontaut-Biron Hong Kong Jockey Club, un Groupe 3 réservé aux chevaux de quatre ans et plus.
Le favori Cualificar n’a pas répondu aux attentes. Il termine cinquième.
Devant lui, Wimbledon Hawkeye a profité de l’occasion pour revenir au premier plan.
Le cheval entraîné en Grande-Bretagne par James Owen s’est imposé avec Christophe Soumillon devant Map of Stars, associé à James Doyle. First Look, monté par Mickaël Barzalona, complète le podium.
Wimbledon Hawkeye avait déjà affronté des chevaux de haut niveau en Angleterre. Sa victoire à Deauville apporte donc une nouvelle référence à son palmarès.
Pour Map of Stars, la deuxième place est également à suivre : il échoue de peu pour la victoire.
Dimanche : Rayif face à l’Europe
Puis est arrivé le rendez-vous attendu du week-end.
Le Prix Jacques Le Marois est un Groupe 1 disputé sur 1 600 mètres. C’est une distance particulière : suffisamment courte pour demander beaucoup de vitesse, mais assez longue pour que le cheval soit capable de tenir un rythme élevé jusqu’au bout.
L’édition 2026 avait aussi une dimension internationale. Quatre chevaux japonais avaient été engagés au départ de la course, aux côtés de représentants français, britanniques et irlandais.
Finalement, dix chevaux se sont présentés au départ.
Parmi eux, Rayif avait déjà gagné la Poule d’Essai des Poulains au printemps.
Le poulain de l’Aga Khan, entraîné par Francis-Henri Graffard et monté par Mickaël Barzalona, arrivait donc avec une première victoire de Groupe 1, mais devait cette fois affronter des chevaux plus âgés et plusieurs spécialistes de la distance.
Une course où Rayif devait répondre à une question
La question était assez simple : Rayif pouvait-il confirmer face à des chevaux expérimentés sur le mile ?
La réponse est oui.
Rayif s’est imposé devant Zeus Olympios et Precise, le favori de la course. No Lunch termine quatrième devant More Thunder.
La victoire est particulièrement importante pour son entraîneur et son propriétaire : Rayif offre à la France son premier succès dans le Prix Jacques Le Marois depuis 2017.
Mais au-delà du palmarès, cette victoire change aussi la place de Rayif dans sa génération.
Il avait déjà gagné la Poule d’Essai des Poulains.
Il vient maintenant de battre des chevaux plus âgés dans l’une des grandes courses européennes sur le mile.
Il ne s’agit donc plus seulement d’un poulain prometteur du printemps : Rayif possède désormais deux victoires de Groupe 1 à trois ans.
Et les Japonais ?
Le Japon était particulièrement attendu cette année.
La présence de plusieurs chevaux japonais dans les engagements avait attiré l’attention, notamment parce que la JRA avait décidé d’ouvrir les paris japonais sur le Prix Jacques Le Marois.
Mais aucun des représentants japonais n’a finalement terminé dans les premières places.
Cela ne signifie pas que les chevaux japonais ont été dépassés sur leur valeur. Le mile européen et les conditions de course de Deauville constituent une expérience différente de celle qu’ils rencontrent habituellement au Japon.
Cette confrontation reste néanmoins intéressante pour la suite : les échanges entre les deux mondes du galop continuent de se développer.
Et pour Keiba France, c’est probablement l’une des histoires à suivre dans les prochaines années.
Une victoire qui résume bien le week-end
Ce week-end de Deauville laisse plusieurs enseignements.
Baroud a transformé une deuxième place prometteuse en victoire de Groupe 2.
Hassaleh a franchi un premier palier en passant d’une Listed à un Groupe 3.
Wimbledon Hawkeye a profité du Prix Gontaut-Biron pour revenir sur le devant de la scène.
Et Rayif a confirmé qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs milers européens.
Ce sont quatre histoires différentes, mais elles montrent quelque chose d’important dans les courses de chevaux : une victoire n’est jamais isolée.
Elle s’inscrit dans une carrière, dans une progression et dans des choix faits par un entraîneur et son entourage.
Pour Rayif, le prochain chapitre sera particulièrement intéressant.
Après la Poule d’Essai des Poulains et le Prix Jacques Le Marois, son équipe devra maintenant décider quelle direction prendre pour la fin de saison.
Pour l’instant, son parcours est clair : deux Groupes 1 gagnés à trois ans, sur deux hippodromes différents, et une place désormais bien établie parmi les meilleurs chevaux de sa génération.
À Deauville, le week-end s’est terminé comme il avait commencé : avec des chevaux qui ont franchi une nouvelle étape dans leur carrière.