Ce dimanche 16 août 2026, l’hippodrome de Deauville-La Touques s’apprête à vibrer au rythme de l’une des courses de chevaux les plus prestigieuses d’Europe : le Prix Jacques le Marois (Groupe I – le plus haut niveau de la compétition). Dotée d’une allocation record de 1 million d’euros, cette épreuve reine du meeting d’août rassemble l’élite mondiale des « milers » (les spécialistes des courses de plat disputées sur la distance reine de 1 600 mètres en ligne droite).
Entre incertitudes de dernière minute, champions invaincus et forte délégation japonaise, voici tout ce qu’il faut savoir pour aborder ce grand rendez-vous en néophyte éclairé.

Par Auteur inconnu — « Les courses de chevaux / par Saint-Georges (Louis de Caters) », Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=94399978
Le point sur les engagés et les favoris à quelques jours du grand jour
À quelques jours de l’événement, l’effervescence est à son comble, marquée par un bouleversement majeur. Alors qu’il était le grand favori attendu, Bow Echo ne participera finalement pas à la course. Invaincu en six sorties, incluant des victoires prestigieuses dans les 2000 Guinées et les Sussex Stakes, le prodige de 3 ans a malheureusement subi un contretemps physique contraignant son entourage à mettre un terme définitif à sa carrière de course. Son entraîneur, Georges Boughey, a exprimé son immense regret tout en saluant le parcours exceptionnel d’un cheval qui aura marqué l’histoire du turf.
- Les forces françaises et britanniques : La prestigieuse casaque des Aga Khan Studs sera représentée par le jeune Rayif (entraîné par Francis-Henri Graffard), brillant lauréat du Prix Jean Prat (Gr. I). Du côté de chez William Haggas, le régulier More Thunder est également attendu sur la ligne droite de Deauville, tout comme le champion britannique Notable Speech (écurie Godolphin), vainqueur notamment de la Breeders’ Cup Mile.
- Les forfaits notables : Outre Bow Echo, le public ne verra pas Thesecretadversary, orienté vers une autre distance à York, ni le redoutable irlandais Gstaad, officiellement forfait.
Focus sur la délégation japonaise : Une acclimatation en douceur
Les regards sont également tournés vers les deux candidats japonais, Strauss et Sixpence, arrivés samedi soir sur la Côte Normande. Après une phase d’observation initiale, les deux champions semblent parfaitement acclimatés.
- Strauss (entraîné par Ryo Takei) : Il a découvert le gazon deauvillais ce mardi matin lors d’un galop léger, sous l’œil attentif de son équipe.
- Sixpence (entraîné par Hiroyasu Tanaka) : Il a privilégié une séance d’entraînement sur la piste en sable fibré (PSF).
Selon les représentants de Northern Farm, l’objectif est de leur faire découvrir les lieux avant d’intensifier leur préparation d’ici la fin de la semaine. Leur état de forme est jugé très satisfaisant par leurs entourages respectifs.
L’histoire du Prix Jacques le Marois : Un siècle d’excellence
Créée en 1921, cette épreuve reine rend hommage au comte Jacques le Marois, ancien président de la Société des courses de Deauville décédé l’année précédente. Longtemps réservée aux seuls mâles de 3 ans, elle s’est progressivement ouverte au fil du temps à tous les chevaux (mâles et femelles) de 3 ans et plus, à l’exception des hongres (chevaux castrés).
Disputée sur la célèbre ligne droite de Deauville, la course exige un mélange parfait de vitesse pure, de tenue et de courage, car aucun tournant ne vient piéger les concurrents. Son palmarès a couronné les plus plus grands légendes de l’histoire du turf mondial, de Miesque (unique jument à avoir réalisé le doublé en 1987-1988) à des champions modernes comme Palace Pier ou Inspiral.
La connexion japonaise : Une histoire d’audace et de pionniers
L’édition 2026 confirme une tendance forte de ces dernières années : l’invasion pacifique et ultra-compétitive des chevaux japonais, avec quatre inscrits de marque (dont Sixpence, vainqueur de prestige du Yasuda Kinen, et Strauss qui s’est révélé en début d’année aux Émirats arabes unis en remportant avec autorité l’Abu Dhabi Gold Cup, une épreuve dotée d’un million de dollars, signant ainsi la meilleure performance internationale de sa carrière. ).
Mais saviez-vous que cette relation d’amour entre le Japon et le Prix Jacques le Marois relève d’une véritable révolution historique ?
Pendant longtemps, la participation de chevaux japonais aux grandes épreuves européennes relevait de l’exotisme pur : aucun cheval nippon n’avait jamais remporté le moindre Groupe I (le sommet de la hiérarchie mondiale) à l’étranger. Tout a basculé en 1998. Cette année-là, le champion Taiki Shuttle traverse le globe après avoir brillé au pays du Soleil-Levant. Propulsé grand favori sur la ligne droite de Deauville, il s’impose avec brio face aux meilleurs milers anglais et français, brisant un véritable « plafond de verre ».

Par TRJN — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=122827773
Cette victoire historique a ouvert la voie à une nouvelle ère, prouvant que les champions asiatiques pouvaient triompher sur le sol européen, y compris sur des pistes profondes ou en terrain souple. Vingt-huit ans plus tard, voir les délégations japonaises viser le sacre à Deauville est devenu un rendez-vous incontournable qui pimente chaque année un peu plus le meeting estival.
L’œil de Christophe Lemaire à Deauville
De passage en Europe cet été entre ses engagements au Japon et sa participation remarquée à la Shergar Cup à Ascot, le top-jockey Christophe Lemaire s’est confié à ParisTurf. S’il regrette de ne pouvoir être associé à Embroidery ce week-end, il porte un regard avisé sur les chances des deux représentants japonais dans le Prix Jacques le Marois. Il se méfie du profil de Sixpence, qu’il connaît bien mais qui découvrira la ligne droite de Deauville, et souligne la complexité de Strauss, tout en saluant l’association avec Joao Moreira. Actuellement en tête de la course à une neuvième Cravache d’Or au Japon malgré une avance réduite à l’issue de ses vacances, il espère également retrouver dès l’automne son champion Masquerade Ball pour tenter de prendre sa revanche sur Calandagan, dont un éventuel retour au Japon constituerait le point d’orgue de fin de saison.