Jockeys, champions, retraites, nouveaux espoirs et grandes échéances internationales : le mois de septembre est particulièrement animé au Japon. Au-delà des résultats des courses, l’actualité récente raconte surtout un monde hippique en mouvement, entre transmission des générations, ambitions internationales et préparation des grands rendez-vous de l’automne.
Voici ce qu’il faut retenir de l’actualité du keiba japonais à la mi-septembre 2026.
Une page se tourne avec Yoshitomi Shibata
C’est probablement l’une des nouvelles les plus symboliques de cette rentrée.

Par 印度孔雀 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, modifié https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=134487751
À 60 ans, Yoshitomi Shibata, l’un des jockeys les plus expérimentés encore en activité au Japon, a annoncé sa retraite le 15 septembre. La JRA a confirmé que sa licence de jockey prendra officiellement fin le 18 septembre. Une cérémonie d’adieu est prévue le 1er novembre à l’hippodrome de Tokyo. Après sa carrière en selle, Shibata rejoindra la JRA comme conseiller.
Sa carrière aura traversé plus de quatre décennies, de l’ère Shōwa à l’ère Reiwa.
Parmi les chevaux qui ont particulièrement marqué son parcours, il a notamment cité Hokuto Helios, avec lequel il dit avoir beaucoup appris sur le rythme d’une course, King Halo, qu’il considère comme le cheval le plus doué qu’il ait monté, et surtout Just A Way.
Avec ce dernier, Shibata avait remporté le Yasuda Kinen 2014, l’un des grands rendez-vous du calendrier japonais sur le mile.
Sa retraite ne signifie toutefois pas un éloignement du monde des courses : son futur rôle de conseiller auprès de la JRA doit justement lui permettre de transmettre son expérience à la nouvelle génération.
C’est une particularité intéressante du keiba japonais : les grandes carrières ne disparaissent pas nécessairement avec la dernière monte. Elles peuvent continuer sous une autre forme, dans la formation et l’accompagnement des jeunes professionnels.
Mickaëlle Michel retrouve le chemin de la victoire
Autre histoire qui a marqué les passionnés français : le retour au premier plan de Mickaëlle Michel au Japon.
La jockey française, actuellement sous licence temporaire au Japon, attendait sa première victoire depuis son retour. Elle l’a finalement obtenue le 13 septembre à Nakayama avec Slow Boogie, dans une course pour chevaux de 2 ans sur 1 800 mètres.

© Nadaraikon — Mickaelle Michel à l’hippodrome de Kawasaki, 29 janvier 2020 — CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons. modifié
Cette victoire avait une signification particulière : il s’agissait de son premier succès à la JRA depuis 2019.
Et elle ne s’est pas arrêtée là.
Quelques minutes plus tard, Michel a remporté la sixième course de la réunion avec Auto Qualite, une pouliche de 3 ans, décrochant ainsi un doublé dès cette journée de retrouvailles avec la victoire.
Pour un public français, son parcours est particulièrement intéressant à suivre : le Japon possède un système de courses très différent de celui que nous connaissons en France, et réussir à y retrouver rapidement ses marques constitue déjà une histoire en soi.
Le Summer Jockey Series revient à Mirai Iwata
Chez les jockeys japonais, la Summer Jockey Series 2026 a été remportée par Mirai Iwata, 26 ans, avec 40 points.
Il devance Kohei Matsuyama dans ce classement estival.
Ce type de compétition permet aussi de suivre une autre facette du keiba : la saison japonaise ne repose pas uniquement sur quelques grands jockeys déjà installés. La jeune génération continue de prendre de l’importance, tandis que des vétérans comme Yoshitomi Shibata transmettent progressivement le relais.
Le classement mondial confirme la présence japonaise
Le Longines World’s Best Racehorse Rankings, qui compare les performances des meilleurs chevaux internationaux, continue lui aussi de donner une photographie intéressante de la hiérarchie mondiale.
Sur la période allant du 1er janvier au 6 septembre 2026, Ka Ying Rising occupe la première place avec un rating de 135, devant Ombudsman avec 131 et Bow Echo avec 127.
Economics, après sa victoire dans les International Stakes (G1), atteint la quatrième place ex æquo avec un rating de 126.
Du côté japonais, quatre chevaux apparaissent dans le Top 31 :
- Forever Young – 123
- Meisho Tabaru – 123
- Croix du Nord – 122
- Masquerade Ball – 122

La présence de plusieurs chevaux japonais dans cette hiérarchie rappelle surtout l’importance prise par le Japon dans les confrontations internationales. Le classement n’est pas un championnat du monde : il s’agit d’une évaluation internationale des performances, mais il permet de situer les chevaux japonais face à leurs homologues étrangers.
À titre de comparaison, Forever Young figurait déjà parmi les tout premiers du classement au printemps 2026.
Les jeunes générations commencent à se montrer
Le début du mois de septembre a également permis de voir plusieurs chevaux préparer les grands rendez-vous de l’automne.
Au Sapporo Nisai Stakes (G3), Shonan Galleon s’est imposé de six longueurs. Une victoire particulièrement intéressante pour son pedigree puisqu’elle constitue le premier succès de Groupe d’un produit de Flightline à la JRA.
À Nakayama, Piko Rose a créé une petite surprise dans le Keisei Hai Autumn Handicap (G3). La pouliche de 4 ans n’était que dixième favorite et s’est imposée avec Kosei Miura. Pour le jockey, il s’agissait de sa première victoire de Groupe de l’année.
Les autres préparations ont également commencé à dessiner les futurs candidats des grands G1 automnaux.
Dans le Shion Stakes (G2), Master Soarer a obtenu sa qualification prioritaire pour le Shuka Sho (G1).
Flicker Jab, lui, a remporté le Centaur Stakes (G2) pour la troisième fois consécutive et obtenu son billet pour le Sprinters Stakes (G1).
Dans le Challenge Cup (G3), le jeune Giovanni, fils d’Epiphaneia, a décroché son premier Groupe.
Enfin, Justin Chicago a créé la surprise dans le St Lite Kinen (G2) en s’imposant alors qu’il n’était que douzième favori. Cette victoire lui ouvre la route du Kikuka Sho (G1).
Dans les Rose Stakes (G2), Monroe Walk, fille de Kizuna, a conservé son invincibilité avec quatre victoires en autant de sorties et obtenu elle aussi son ticket pour le Shuka Sho.
Pour les néophytes, ces courses préparatoires sont essentielles : au Japon, plusieurs grands G1 de l’automne sont précédés de courses permettant aux chevaux de gagner une qualification ou de se positionner parmi les prétendants.
Une journée complètement folle à Nakayama
Le 6 septembre, une course de niveau inférieur a également fait beaucoup parler d’elle.
Dans la septième course de Nakayama, Cathedral Quartz s’est imposé alors qu’il était le 17e favori.
Cette arrivée a produit des rapports particulièrement spectaculaires : le Quinté japonais équivalent, la Trifecta, a atteint 52 948 520 yens, tandis que l’Exacta a atteint 1 876 620 yens.
Pour donner une idée au lecteur français, la Trifecta consiste à trouver les trois premiers chevaux dans le bon ordre. Plus l’arrivée est inattendue, plus le rapport peut devenir important.
Ici, les trois premiers étaient respectivement les chevaux numéros 5, 4 et 13, tous très peu joués.
Ce genre d’arrivée rappelle aussi une caractéristique du système japonais : avec les énormes volumes de paris générés par la JRA, les rapports peuvent atteindre des montants impressionnants lorsqu’une arrivée improbable se produit.
En Corée, les Japonais répondent présents
Le début du mois a également été marqué par une belle démonstration japonaise à Séoul.
Dragon Welds a remporté le Korea Sprint (G3) pour la quatrième fois consécutive.
Dans la Korea Cup (G2), Diktaean a conservé son titre pour la deuxième année consécutive.
Ces déplacements internationaux sont devenus une partie importante du calendrier des meilleurs chevaux japonais. Ils permettent également au Japon de se mesurer régulièrement aux meilleurs représentants des autres pays asiatiques.
Une nouvelle carte JRA à l’effigie d’Almond Eye
L’actualité ne concerne pas uniquement les chevaux et les jockeys.
La JRA a également lancé deux nouveaux designs de sa JRA Card consacrés à Almond Eye. Les demandes sont ouvertes depuis le 15 septembre.

Ces cartes sont liées au système d’adhésion de la JRA et permettent notamment de bénéficier d’avantages liés à la réservation en ligne de places et de billets. La JRA présente régulièrement des designs mettant à l’honneur les grandes figures de son histoire, et Almond Eye occupe évidemment une place particulière dans ce patrimoine récent.
Pour les passionnés, c’est aussi une façon de constater à quel point les grands chevaux font partie de la culture populaire du keiba japonais, bien au-delà de leurs seules performances sportives.
Une disparition importante : Admire Moon
Le monde de l’élevage japonais a également été endeuillé par la disparition d’Admire Moon, à l’âge de 23 ans.
Champion de premier plan en 2007, il avait notamment remporté le Dubai Duty Free, le Takarazuka Kinen et la Japan Cup.
Après sa carrière sportive, il avait également poursuivi une carrière d’étalon reconnue.
Sa disparition rappelle que le keiba japonais ne se résume pas aux chevaux actuellement en piste. Lorsqu’un champion devient reproducteur, son influence peut continuer pendant plusieurs générations à travers sa descendance.
Satono Reve quitte la compétition
Autre passage de témoin, cette fois volontaire : Satono Reve prend sa retraite sportive à 7 ans.

satono rêve Photo originale par Hatomizinko (modifiée) sous licence CC BY-SA 4.0.
Le fils de Lord Kanaloa a marqué les dernières saisons du sprint japonais avec deux victoires consécutives dans le Takamatsunomiya Kinen (G1), en 2025 puis en 2026. La JRA confirme également ses deux succès dans cette épreuve reine des sprinters.
Après sa carrière, Satono Reve doit rejoindre Shadai Stallion Station pour débuter une nouvelle vie d’étalon.
C’est une étape particulièrement importante pour un cheval de course japonais : la retraite ne signifie pas nécessairement la fin de sa carrière dans l’industrie hippique. Les meilleurs reproducteurs peuvent ensuite avoir une influence considérable sur les générations futures.
Forever Young repart à la conquête des États-Unis
Pendant que certains champions quittent la piste, d’autres se préparent à retourner sur la scène internationale.
Forever Young est engagé dans le Jockey Club Gold Cup (G1) à Belmont Park, aux États-Unis, le 18 septembre.
La course se dispute sur 2 000 mètres sur le dirt et constitue une étape importante dans sa préparation à la Breeders’ Cup Classic. La JRA a officiellement enregistré sa participation à cette épreuve américaine.
Le cheval japonais cherchera ensuite à défendre son titre dans la Breeders’ Cup Classic.
Son parcours illustre parfaitement l’évolution récente du keiba japonais : les meilleurs chevaux ne se contentent plus forcément de rester au Japon. Ils voyagent vers les États-Unis, l’Europe, Hong Kong, l’Arabie saoudite ou les autres grandes places internationales pour affronter des adversaires venus du monde entier.
Admire Terra et Meisho Tabaru en route vers l’Europe
L’automne sera également européen.
Pour le Prix de l’Arc de Triomphe (G1), le Japon prépare notamment le déplacement d’Admire Terra, qui doit être associé à Cristian Demuro, double vainqueur de l’épreuve.
Il fera le voyage avec Meisho Tabaru, qui sera monté par le vétéran Yutaka Take.
Pour le public français, ces participations japonaises seront particulièrement intéressantes à suivre le 4 octobre à ParisLongchamp.
Lovcen commence sa quête de Triple Couronne
Mais avant l’Arc, le grand rendez-vous du week-end prochain sera japonais.
Le Kobe Shimbun Hai (G2) se disputera à Hanshin le lundi 21 septembre.
La vedette de la course sera Lovcen, vainqueur au printemps du Satsuki Sho puis du Japanese Derby.
Le cheval de Haruki Sugiyama peut donc encore réaliser quelque chose d’exceptionnel : remporter les trois classiques japonais de sa génération.
Le dernier objectif sera le Kikuka Sho (G1), prévu le 25 octobre.
Dans l’histoire du keiba japonais, seuls huit chevaux avaient jusque-là réalisé cette Triple Couronne. Parmi eux figurent trois noms particulièrement connus : Deep Impact, Orfevre et Contrail.
Lovcen doit donc encore franchir plusieurs étapes, et la première sera le Kobe Shimbun Hai. Parmi ses principaux adversaires annoncés figurent Congestus, Altramuz, Green Energy et Shonan Hayanami.
Pour éviter une confusion fréquente, son nom officiel international est bien Lovcen dans les bases anglaises de référence, tandis que son nom japonais est ロブチェン.
Regaleira revient elle aussi
Le dimanche 20 septembre, l’attention se portera sur Nakayama pour les All Comers (G2).
La grande attraction sera Regaleira, cinq ans et déjà trois fois gagnante de Groupe 1.
Elle fera sa rentrée avec un objectif particulier : continuer à décrocher au moins une victoire de Groupe 1 au cours de chaque saison de sa carrière.
Elle retrouvera notamment Cosmo Kuranda et June Take.
Le week-end sera donc particulièrement riche, avec trois épreuves de Groupe au programme entre samedi et lundi.
Les spécialistes de l’obstacle entrent eux aussi en scène
Samedi 19 septembre, Hanshin accueillera le Hanshin Jump Stakes (J-G3) sur 3 140 mètres.
Parmi les concurrents annoncés figurent notamment June Velocity, multiple vainqueur de Groupe sur les obstacles, Ho O Purosangue et Shihono Speranza.
Pour les nouveaux venus dans le monde du keiba, il faut rappeler que les courses japonaises comportent une véritable filière d’obstacles, appelée Jumper Racing. Les chevaux spécialisés y développent des qualités très différentes de celles demandées aux chevaux de plat.
Star Anise tente le pari du sprint
Le Sprinters Stakes (G1) du 27 septembre pourrait également offrir une confrontation intéressante.
La pouliche Star Anise, lauréate de l’Oka Sho (G1) au printemps, revient sur une distance plus courte pour se mesurer aux spécialistes de la vitesse.
Elle pourrait notamment retrouver Panja Tower, Lugal, Win Carnelian et Flicker Jab.
Ce sera l’occasion de voir si une championne issue des classiques féminins peut s’imposer face à des chevaux ayant construit leur carrière autour du sprint.
La JRA prépare déjà une journée exceptionnelle en novembre
Enfin, une décision organisationnelle mérite d’être signalée.
Les importantes chutes de neige de février avaient entraîné l’annulation de plusieurs courses à Tokyo et Kyoto. La JRA a donc prévu une journée de courses exceptionnelle le lundi 30 novembre à Tokyo, avec douze épreuves au programme.
Les six courses qui n’avaient pas pu être disputées en février seront intégrées dans cette organisation particulière, avec un programme complet de douze courses.
Pour un habitué des courses françaises, ce genre de journée peut sembler inhabituel. Au Japon, la JRA dispose toutefois d’un calendrier extrêmement structuré et possède des mécanismes permettant de reprogrammer les compétitions lorsqu’une réunion est annulée pour des raisons indépendantes de l’organisation.
Un automne japonais particulièrement chargé
À la mi-septembre, le keiba japonais entre donc dans une période particulièrement intéressante.
D’un côté, une génération de vétérans commence à passer le relais. La retraite de Yoshitomi Shibata en est l’un des symboles les plus forts, tandis que Satono Reve quitte lui aussi les pistes pour rejoindre l’élevage.
De l’autre, la nouvelle génération pousse déjà aux portes des grands rendez-vous. Lovcen vise la Triple Couronne, plusieurs pouliches préparent le Shuka Sho et le Sprinters Stakes, tandis que Forever Young et Meisho Tabaru s’apprêtent à représenter le Japon à l’étranger.
Et derrière les champions, le quotidien du keiba continue : de jeunes jockeys progressent, des chevaux débutent, des entraîneurs préparent leurs protégés pour l’automne et les écuries japonaises poursuivent leur travail en vue des grands rendez-vous internationaux.
C’est aussi ce qui rend le keiba japonais intéressant à suivre : les courses ne sont jamais seulement une succession de résultats. Elles racontent des carrières, des transmissions, des élevages, des voyages et des histoires humaines.
Et avec le Kobe Shimbun Hai, les All Comers, le Jockey Club Gold Cup, puis bientôt le Sprinters Stakes, l’Arc de Triomphe et la Breeders’ Cup, l’automne 2026 ne fait que commencer.